LABYRINTHES

Mon ami et écrivain Daniel Beresniak m'appris jadis l'existence de 2 sortes de labyrinthes :
"Ceux où l'on se perd, et ceux qui n'ont qu'une seule voie ...."
D. Beresniak, "Le labyrinthe, image du monde", Détrad 1996
 

1°/ Les Labyrinthes à une seule voie :
Les labyrinthes à une seule entrée et une seule voie apparaissent dans le pavement d'une vingtaine d'églises. Ils montrent qu'il n'y a qu'une seule voie à suivre dans la vie, celle du salut. Le labyrinthe image du monde est, dans le monde médiéval chrétien, l'image d'un monde totalitaire qui ne propose aucun autre choix et invite l'homme à se laisser conduire. Les plus connus et les plus reproduits sont ceux de San Vitale à Ravenne et de la cathédrale de Chartres. Ces labyrinthes sont parfaitement balisés, il n'y a qu'une seule voie, sinueuse, qui parcourt en tournant la totalité de l'espace à l'intérieur d'un cercle, mais ils n'égarent pas. Au contraire, ils conduisent... Le voyageur doit avoir confiance dans la voie tracée par d'autres que lui-même et ne se méfier que de lui-même..

Cathédrale de SaintOmer


Cathédrale de Chartres

Cathédrale de Reims

Cathédrale d'Amiens

2 °/ Les labyrinthes où on se perd :
Ces labyrinthes alchimiques sont des symboles parlants du grand oeuvre, ils :
1- permettent d'accéder a la chambre interieure
2- donnent la possibilité d'en sortir.
Le voyageur doit repérer sa route au départ et employer le fil d'Ariane. Le voyageur est "celui qui deviens". La traversée est nécessairement aventureuse et le but se définit en cours de route. L'errance est fondatrice parce qu'elle assure l'imprévisible. Il apparaît nécessaire d'entrer dans des impasses en croyant que ce sont des voies, puis de constater l'erreur, de rebrousser chemin, d'explorer d'autres pistes. Qui refuserait l'errance et ses pièges est mû par d'autres... à la manière d'une marionnette. Le labyrinthe où l'on se perd est le nom à donner à l'école de la liberté..
 
 
 

 

La scission Gavots / Dévoirants sur le chantier de la cathédrale d'Orléans



 
 

 A partir du XVIe siècle, édits et sentences faisant défense aux ouvriers de s'assembler se multiplièrent. Les réunions de compagnons furent interdites par l'autorité royale (ordonnances de 1539, 1534, 1566...) à laquelle s'ajouta celle de l'Eglise. En effet, tous les rites mystérieux entourant le compagnonnage, les libations, les réunions, les "mères", les masques, bâtons, rubans et autres attributs attirèrent les foudres de la justice royale et de la justice ecclésiastique. Ainsi, les imprimeurs de Lyon furent par exemple menés entre procès et émeutes contre l'autorité royale entre 1539 et 1573. Les associations d'ouvriers se retrouvaient sans statut légal, réprimées par les pouvoirs publics et dénoncées par les autorités corporatives. Elles devaient se mettre en place clandestinement mais malgré la multiplication des interdits les autorités furent en fait tout à fait impuissantes à empêcher l'accroissement du compagnonnage. Certains compagnonnages (appelés "devoirs" jusqu'au XVIIe siècle) se transformèrent en véritables sociétés secrètes qui se ramifièrent dans tout le pays, les plus nombreux étant ceux des métiers du bâtiment (maçonnerie et charpenterie).
Dans leur "résistance", les compagnons n'hésitèrent pas à s'engager dans les conflits religieux. Les Gavots (enfants de Salomon) furent considérés comme réformés et les Dévoirants (enfants de maître Jacques) pour catholiques ce qui attisa les rivalités entre sociétés parallèlement à l'aval qu'ils exerçaient sur les salaires et les embauches.


Le solide bâton emblématique des Compagnons devenait une arme au moment du plus fort des rixes interorganisations qui opposaient jadis les Dévoirants aux Gavots, "abominables", "détestables" et menacés d'être "enchaînés" si l'on en croit le texte d'une chanson ! On y devine implicitement une société adverse et appréciée, celle du Devoir assurément, s'opposant à celle du Devoir de liberté, celle d'un rite dont l'émergence officielle en 1804 regroupe loups, indiens, gavots, et dont l'origine est à rechercher principalement dans les guerres de religions qui divisèrent les sociétés compagnonniques.


Les gavots, surnom des compagnons menuisiers et serruriers du Devoir de liberté, sont donc issus de la révocation de l'Edit de Nantes en 1685, laquelle entraîne un profond divorce dans le compagnonnage français. Nombreux sont ses membres, adeptes de la religion réformée, qui doivent s'expatrier afin de fuir tracas et persécutions ; querelles et injures enveniment les relations entre sociétaires du Saint-Devoir de Dieu, ouvriers de confession catholique, et compagnons non du devoir, membres d'une société qui attache moins d'importance aux croyances religieuses et où, protestants et athées peuvent plus ou moins discrètement s'affilier(8).

La Cathédrale sainte Croix d'Orléans


Une étymologie du mot Gavot, propagée par Agricol Perdiguier, rattache le surnom de Gavot aux événements survenus lors de la scission d'Orléans qui vit les compagnons non du Devoir s'enfuir sur la Loire en empruntant des embarcations appelées gaborts ou gabotages, qui seraient à l'origine du surnom.
 

La  construction de la Cathédrale Sainte Croix, s'étendit sur environ deux siècles. (18 avril 1601 - 8 mai 1829)

Vous allez me dire : mais quel rapport lie la distinction entre les deux sortes de labyrinthes et le chantier de la Cathédrale d'Orléans (où il n'y a pas de labyrinthe) ?

Et bien il s'agit d'une hypothése à vérifier ...
Durant la construction de la cathédrale d'Orléans eu lieu, sur le chantier, la scission historique au sein du mouvement des compagnons bâtisseurs entre catholiques et protestants ..
 Plus largement :
Le problème s'est posé de savoir s'il fallait transmettre la tradition des bâtisseurs à des non-catholiques (protestants, juifs, non-croyants, etc..)

Parallèlement : l'introduction de "protecteurs" (nobles ou bourgeois locaux) au sein des ateliers opératifs de compagnons ... est à l'origine des "maçons acceptés" .. et de la Franc-Maconnerie spéculative

Ma théorie est qu'il s'est passé quelque chose sur le chantier de cette cathédrale : deux courants se sont développés : les tenants des labyrintes à plusieurs voies et les tenants des labyrintes à une voie ...

Il ne reste plus qu'aux chercheurs à infirmer ou à confirmer mon intuition .... ;-)
 

Yann Le Gigan
yann@le-gigan.org
 
 

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mise à jour : 27.10.09

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